Sous le Baobab du Bénin

08 · Publié le samedi 1 août 2026

Marie-Élise Gbèdo
Marie-Élise Gbèdo, 2021, photo Adoscam (CC BY-SA 4.0)
08Béninsamedi 1 août 2026

Indépendance du Bénin · 1er août 1960

Marie-Élise Gbèdo

1954 → · Droit & Politique

Pendant longtemps, on a dit qu'une femme n'avait pas sa place dans la course au pouvoir en Afrique. Marie-Élise Gbèdo, avocate béninoise, a passé sa vie à démontrer l'absurdité de cette idée en devenant la première femme à se présenter à une élection présidentielle au Bénin.

Biographie

Née le 29 décembre 1954 à Mankono, en Côte d'Ivoire, Marie-Élise Gbèdo grandit et étudie au Bénin avant de partir pour la France. Elle y décroche une licence puis une maîtrise en droit à l'université Panthéon-Sorbonne, complétées par un DEA en droit des affaires en 1983 et le certificat d'aptitude à la profession d'avocat l'année suivante. En 1985, elle s'inscrit au barreau de Paris.

En 1987, elle rentre au Bénin. Elle y devient la cinquième femme inscrite au barreau du pays une rareté qui dit, à elle seule, combien la profession restait fermée aux femmes. En 1989, elle ouvre son propre cabinet à Cotonou.

Le déclic

Le droit ne lui suffit pas : Marie-Élise Gbèdo veut changer les règles du jeu, pas seulement les plaider. Elle entre au gouvernement comme ministre du Commerce, de l'Artisanat et du Tourisme sous Mathieu Kérékou en 1998, puis de nouveau sous Boni Yayi en 2003, avant d'occuper le poste de Garde des Sceaux, ministre de la Justice, de la Législation et des Droits de l'Homme.

Mais c'est en 2001 qu'elle marque l'histoire : elle devient la première femme à se présenter à l'élection présidentielle béninoise, sous le slogan « Hwenusu » « l'heure a sonné » en fon. Quelques semaines avant le scrutin, en mars 1998, elle avait déjà survécu à une tentative d'assassinat.

La réalisation

Elle se représente en 2006, puis en 2011 avant de se rallier à Boni Yayi. Ses scores restent modestes 0,36 % des voix en 2001, 0,32 % en 2006 mais elle ouvre une brèche : celle d'une candidature présidentielle féminine assumée, dans un pays où aucune femme ne s'y était risquée avant elle.

Présidente de l'Association des femmes juristes du Bénin, elle fait du droit un outil de plaidoyer pour les femmes, formant et défendant des générations de consœurs. Elle devient porte-parole du gouvernement béninois à partir de 2012. Son parcours, elle le raconte elle-même dans une autobiographie, Le Destin du roseau (2006), et dans un documentaire, L'Amazone candidate, la même année deux façons de reprendre la main sur son propre récit plutôt que de le laisser aux commentateurs.

Message pour les générations futures

Marie-Élise Gbèdo n'a jamais été présidente du Bénin. Mais elle a été la première à s'autoriser à vouloir l'être, en toute légitimité, malgré l'intimidation et l'indifférence. À celles et ceux qui liront son parcours : une trajectoire ne se mesure pas seulement aux voix récoltées, mais aux portes qu'elle laisse entrouvertes pour celles qui suivront. Marie-Élise a ouvert la sienne assez grand pour que d'autres, un jour, puissent la franchir. Rehema

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