
Indépendance du Cameroun · 1er janvier 1960
Delphine Tsanga
1935 → 2020 · Politique & Humanité
Pendant longtemps, on a dit que la place des femmes africaines n'était pas dans les gouvernements. Delphine Tsanga, infirmière, athlète et femme de lettres camerounaise, a passé sa vie à démontrer l'absurdité de cette idée, en devenant la première femme membre d'un gouvernement en Afrique subsaharienne.
Biographie
Née le 21 décembre 1935 à Lomié, dans la région de l'Est du Cameroun, Delphine Zanga Tsogo grandit dans un pays encore sous tutelle française. Élève brillante, elle intègre le Lycée Joss de Douala jusqu'en 1955, avant de décrocher une bourse pour étudier à Toulouse, en France, où elle obtient son diplôme d'infirmière d'État.
Mais avant même les amphithéâtres et les couloirs d'hôpitaux, c'est sur les terrains de sport qu'elle se révèle : première Camerounaise à pratiquer le sport de compétition, elle devient championne nationale d'athlétisme en saut en hauteur et en saut en longueur. Une femme qui franchit les barres, au sens propre comme au sens figuré.
De retour au pays en 1960, l'année même de l'indépendance, elle exerce dans les hôpitaux de Yaoundé, Garoua et Dschang. Soigner son peuple, d'abord. Construire le pays, ensuite.
Le déclic
En 1964, elle prend la présidence nationale du Conseil des femmes du Cameroun. Elle voit ce que peu de dirigeants acceptent de nommer : les femmes sont absentes des lieux de décision, invisibles dans les politiques publiques, enfermées dans des rôles assignés par une société qui ne leur demande pas leur avis.
Delphine refuse cette invisibilité. En 1965, elle est élue députée à l'Assemblée législative du Cameroun. Elle entre dans l'hémicycle avec une conviction : la loi doit protéger celles qu'on oublie de protéger.
La réalisation
En 1970, elle est nommée Ministre adjointe de la Santé publique, devenant ainsi la première femme membre d'un gouvernement en Afrique subsaharienne. Pas un symbole. Une décision politique lourde de sens, dans un continent où cette première tardait à venir.
De 1975 à 1985, elle occupe pendant une décennie le poste de Ministre des Affaires sociales, structurant l'aide sociale et les politiques d'émancipation des femmes au Cameroun. Simultanément, elle s'engage à l'international : vice-présidente du Conseil international des femmes dès 1970, haute fonctionnaire à l'ONU, collaboratrice de l'UNESCO, et présidente de l'Association de protection et de valorisation forestière, pionnière, déjà, sur les questions écologiques.
Sous le nom de plume Delphine Zanga Tsogo, elle écrit pour dénoncer ce que la politique ne dit pas toujours assez fort. *Vies de femmes* (1983) et *Ekobo ou l'Oiseau en cage* (1984) sont deux œuvres sur l'enfermement social des femmes, des livres qui résonnent encore aujourd'hui.
Elle siégera au Conseil électoral d'Elecam jusqu'à ses derniers jours. Décédée le 16 juillet 2020 à Yaoundé, elle laisse derrière elle une vie bâtie comme un plaidoyer.
Message pour les générations futures
« En découvrant Delphine Tsanga, j'ai vu combien la liberté est primordiale pour accomplir tout ce qu'on porte dans son cœur, et ça, Madame Tsanga l'incarne au travers de son parcours. D'infirmière à athlète, et enfin femme de lettres, tout à la fois, sans choisir, sans s'excuser. À celles et ceux qui liront son parcours : ayez foi en vos convictions, battez-vous contre l'injustice et surtout, faites de votre liberté un espace pour imposer votre vision, claire et forte, qui sera, un jour, connue et fera la différence. Merci, Madame Tsanga. » — Rehema
Un·e artiste Cameroun à découvrir
Manu Dibango
Saxophoniste et pianiste de légende (1933 → 2020), né à Douala, **Manu Dibango** a inventé l'afrobeat avant qu'on lui donne un nom, mêlant jazz, soul et musiques camerounaises avec une liberté absolue. Sa *Soul Makossa* (1972) a traversé les décennies et inspiré des générations d'artistes jusqu'à Michael Jackson et Rihanna. À écouter pour le découvrir : **« Soul Makossa »**, la chanson qui a mis le Cameroun sur la carte du monde musical.
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