Sous le Baobab de l'Égypte

04 · Publié le vendredi 12 juin 2026

Ahmed Zewail
Ahmed Zewail, Othmer Gold Medal 2009 — Science History Institute · Wikimedia Commons
04Égyptevendredi 12 juin 2026

Indépendance du Égypte · 28 février 1922

Ahmed Zewail

1946 → 2016 · Chimie & Sciences

On a longtemps dit que certaines réactions de la nature étaient trop rapides pour être vues, condamnées à rester un mystère. Ahmed Zewail, chimiste égyptien, a passé sa vie à démontrer l'absurdité de cette idée en inventant une caméra capable de filmer le mouvement des atomes.

Biographie

Ahmed Hassan Zewail naît le 26 février 1946 à Damanhur, une ville du delta du Nil en Égypte. Il grandit dans une famille modeste mais cultivée, portée par une conviction profonde : l'éducation est la clé de toutes les portes. Dès l'enfance, Ahmed est habité par une question qui ne le quittera jamais : comment les choses se transforment-elles ? Comment un atome devient-il une molécule ? Comment une réaction chimique naît-elle, dans le silence de l'infiniment petit ?

Il fait ses études à l'Université d'Alexandrie, où il obtient sa licence puis son master en spectroscopie. En 1969, il traverse l'Atlantique pour rejoindre l'Université de Pennsylvanie, où il décroche son doctorat en 1973. Un postdoctorat à Berkeley, puis une chaire au California Institute of Technology (Caltech) en 1976 : Ahmed Zewail, fils de Damanhur, est devenu l'un des chercheurs les plus influents du monde.

Il ne reviendra jamais vraiment en arrière. Mais il n'oubliera jamais d'où il vient.

Le déclic

Dans les laboratoires, les chimistes étudient depuis longtemps ce qui se passe avant une réaction, les réactifs, et ce qui reste après, les produits. Mais ce qui se passe pendant, dans l'instant fugace où les liaisons chimiques se forment ou se brisent, était invisible. Trop rapide pour n'importe quel instrument. Un mystère absolu.

Ahmed Zewail comprend qu'il faut inventer une caméra capable de capturer l'imperceptible. Et cette caméra, ce sera un laser.

Non pas un laser ordinaire. Un laser émettant des flashs d'une durée de quelques femtosecondes. Une femtoseconde, c'est un millionième de milliardième de seconde. Pour donner une idée : une femtoseconde est à une seconde ce qu'une seconde est à 32 millions d'années.

À cette échelle, le temps s'arrête. Et les atomes, enfin, se laissent observer.

La réalisation

La technique est d'une élégance absolue : deux flashs laser successifs. Le premier déclenche la réaction chimique. Le second, infinitésimalement plus tard, l'immortalise, comme un stroboscope qui figerait le battement d'aile d'un oiseau en plein vol.

Ahmed Zewail parvient ainsi à filmer les liaisons chimiques dans leur danse la plus intime. À voir, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, comment les atomes s'assemblent et se séparent en temps réel. Il nomme cette discipline la femtochimie.

En 1999, le Comité Nobel reconnaît l'ampleur de la découverte. Ahmed Zewail reçoit le Prix Nobel de Chimie. Premier Égyptien, premier Africain à recevoir cette distinction dans une science exacte. Les applications de ses travaux s'étendent bien au-delà de la chimie : biologie moléculaire, pharmacologie, conception de médicaments plus ciblés, compréhension de l'ADN. Zewail a ouvert une fenêtre sur le fonctionnement secret du vivant.

Barack Obama le nomme Envoyé Spécial pour la Science. L'Égypte lui décerne le Grand Collier de l'Ordre du Nil. L'UCLouvain, oui la belge, lui remet un doctorat honoris causa. Le monde, en somme, se met à son école.

Il s'éteint le 2 août 2016 à Pasadena. Il avait 70 ans. La poste égyptienne émet des timbres à son effigie. On ne fait pas beaucoup mieux comme adieu.

Message pour les générations futures

« À toi qui lis ces lignes et qui doutes, de toi, de tes origines, de la place que le monde te réserve. Tu l'as peut-être senti en lisant ce récit : quelque chose, au fond de toi, a commencé à grandir. Ce feu-là, ne l'éteins pas. Qui a dit qu'il fallait naître dans une famille riche pour accéder au savoir ? Qu'il se présente. On l'invite à s'asseoir, et on lui conte l'histoire d'Ahmed Zewail, fils de Damanhur, delta du Nil, devenu le premier Africain Prix Nobel de chimie. Ce que cette histoire dit en creux, c'est l'importance d'une famille présente, soutenant, accompagnante. Des fondements. Une ténacité qu'on ne s'invente pas seul. Alors, cher lecteur, chère lectrice : observe ce qui est petit, observe ce qui est grand. Sache que ta pensée aussi peut produire de très grandes choses. Ahmed Zewail a regardé là où personne ne regardait encore, entre les atomes, dans l'imperceptible. Tu es peut-être la prochaine personne à voir ce que personne n'a encore vu. Merci, Monsieur Ahmed Zewail. »

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Poète de Haute-Égypte (1940 → 1983), surnommé **« le prince des refus »**, Amal Donkol a marqué la littérature arabe par une voix brûlante, sans compromis. Son poème le plus célèbre, *Lā tusāliḥ* (Ne te réconcilie pas), écrit en 1976, est devenu un cri universel contre la capitulation : *« Ne te réconcilie pas, même s'ils t'offrent de l'or. Si l'on t'a crevé les yeux et mis des diamants à la place, vois-tu de nouveau ? »* Il meurt en 1983, à 43 ans. Mais ses mots, eux, n'ont pas de date d'expiration.

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