
Indépendance du Gambie · 18 février 1965
Isatou Ceesay
née en 1972 · Environnement & Entrepreneuriat
On a longtemps dit que les déchets plastiques étaient le prix du progrès, une fatalité des temps modernes. Isatou Ceesay, militante et entrepreneuse gambienne, a passé sa vie à transformer cette fatalité en opportunité. Un sac plastique à la fois.
Biographie
Née en 1972 dans le petit village de N'jau, dans la région de Central River au nord de la Gambie, Isatou Ceesay grandit dans une famille de réfugiés maliens. Son père meurt durant son adolescence, et sa mère travaille sans relâche pour nourrir et éduquer ses enfants.
Contrainte d'interrompre sa scolarité pour des raisons financières, Isatou ne baisse pas les bras. Elle fabrique et vend des jouets à partir de chutes de tissu et de bois, économise chaque franc, et finit par s'inscrire au Gambia Technical Institute où elle se forme comme secrétaire. Plus tard, elle intègre un programme du Corps de la Paix américain. C'est là que tout commence.
Le déclic
De retour à N'jau, elle observe ce que personne ne nomme vraiment : les rues du village disparaissent sous les sacs plastiques. Les chèvres en meurent. Les moustiques prolifèrent dans les eaux stagnantes entourées de déchets. Des familles brûlent du plastique pour cuisiner, sans savoir ce qu'elles respirent.
Isatou voit tout ça. Et elle décide d'agir. Non pas en attendant l'État, mais avec les femmes autour d'elle.
La réalisation
Elle rassemble un groupe de femmes et leur enseigne une technique simple et révolutionnaire : transformer les sacs plastiques en fils tissés ensuite en sacs à main vendables. Une dizaine de sacs plastiques pour fabriquer un sac. Rien ne se perd.
Au début, les moqueries fusent. On dit que ces femmes ramassent des déchets, que c'est indigne, que ça ne marchera jamais. Isatou charge les premiers sacs dans un bus et les vend en ville. Ils partent tous.
Le mouvement One Plastic Bag est né. Il devient le N'jau Recycling and Income Generation Group (NRIGG), qui s'étend à quatre communautés gambiennes. Aujourd'hui, Isatou travaille avec plus de 11 000 personnes. Les produits — sacs, bijoux, perles, briquettes de combustible, compost — se vendent jusqu'aux États-Unis.
En 2012, elle reçoit le International Alliance for Women Difference Maker Award à Washington. En 2025, elle figure parmi les 100 Africains les plus influents selon Reputable Poll International. Son histoire a été publiée dans un livre illustré pour enfants : *One Plastic Bag*.
Message pour les générations futures
« Un sac plastique. Voilà ce qu'on a vu. De la poubelle, du déchet, de l'insignifiant. Isatou Ceesay a regardé au-delà et elle a vu de l'or. Pas l'or qui s'épuise, pas celui qu'on arrache à la terre au prix de mille sacrifices. L'or qui se tisse, qui se partage, qui se multiplie entre les mains de onze mille femmes qui, elles aussi, ont appris à regarder autrement. C'est ça, la vraie alchimie. Pas transformer le plomb en or, transformer ce que le monde méprise en quelque chose qui nourrit, qui libère, qui dure. À celles et ceux qui liront son histoire : regardez autour de vous. Ce que vous cherchez est peut-être déjà là, sous vos pieds, attendant que quelqu'un ose le ramasser. Merci, Madame Ceesay. » — Rehema
Un·e artiste Gambie à découvrir
Sona Jobarteh
Virtuose de la kora (née en 1983), **Sona Jobarteh** est la première femme de sa lignée de griots à jouer professionnellement de cet instrument traditionnellement réservé aux hommes. Issue d'une des plus grandes familles de musiciens d'Afrique de l'Ouest, elle a brisé les conventions avec grâce et puissance, mêlant tradition mandingue et influences contemporaines. À écouter : **« Gambia »**, un hymne doux et profond à sa terre natale.
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