
Indépendance du Sénégal · 4 avril 1960
Moussa Touré
né en 1958 · Cinéma & Mémoire
On a longtemps dit que certaines mémoires étaient trop douloureuses pour être regardées en face. Moussa Touré, réalisateur sénégalais, a passé sa vie à démontrer l'absurdité de cette idée en tournant son objectif vers ce que d'autres détournaient : la traite, l'exil, l'oubli.
Biographie
Il naît en 1958 à Dakar, dans cette ville bercée par l'Atlantique et chargée d'une mémoire que peu osent regarder en face. Il commence sa carrière au cinéma comme technicien, apprenant son métier de l'intérieur, dans les coulisses, dans les fils et les câbles, dans la lumière qu'on pose et qu'on déplace.
En 1987, il passe à la réalisation et fonde sa propre maison de production, Les Films du Crocodile. Un nom qui dit tout : patient, ancré dans la terre et l'eau, capable d'attendre longtemps, mais redoutable quand il se lève.
Son premier long métrage, Toubab Bi (1991), raconte l'histoire d'un Sénégalais revenu d'Europe, déchiré entre deux cultures, deux identités. La critique internationale l'accueille avec enthousiasme. Cannes le remarque.
Le déclic
Pendant des années, Moussa Touré tourne des documentaires sur des sujets que d'autres n'osent pas filmer. Les tirailleurs sénégalais oubliés de la guerre de 1940. Les migrations clandestines. La Pirogue (2012), son film le plus connu, suit des migrants sénégalais traversant l'Atlantique dans une pirogue de pêche, en direction de l'Espagne. Le film est sélectionné à Cannes dans la section Un Certain Regard. Il remporte le Prix du Meilleur Film International au Festival de Munich.
Mais c'est un autre film qui va le hanter pendant des années. Un film que personne n'avait encore fait. Pas de cette façon. Pas avec cet œil là.
En 2015, il commence à travailler sur Bois d'Ébène. Un documentaire fiction sur la traite des Africains. Sur le commerce triangulaire. Sur ces douze millions d'êtres humains arrachés à leur terre, entassés dans des cales, vendus aux Antilles comme du bétail.
Des Noirs lui diront : « C'est la vérité, mais il ne faut pas la dire devant les Blancs. » Il répond : « En tant que cinéaste africain, il est de mon devoir de dire cette vérité. »
La réalisation
Bois d'Ébène sort en 2016. Diffusé sur France 2 pour commémorer la Journée des mémoires sur la traite, l'esclavage et leurs abolitions, le film retrace l'histoire de Yanka et Toriki, deux jeunes amoureux nés libres dans un village du Golfe de Guinée, capturés, séparés, vendus. Leur histoire est authentique.
Reconstituée à partir de récits d'esclaves, de carnets de bord de capitaines négriers, de lettres d'armateurs nantais.
Le film ne juge pas. Il montre. Il donne à voir ce que les manuels scolaires n'ont jamais montré, ce que les musées n'ont pas toujours exposé, ce que les familles n'ont pas toujours osé raconter.
Avec La Pirogue, Bois d'Ébène et une dizaine d'autres œuvres, Moussa Touré a construit une filmographie qui dit une seule chose : la mémoire africaine n'appartient pas à ceux qui l'ont effacée. Elle appartient à ceux qui en descendent.
Il a aussi fondé le festival Moussa Invite à Rufisque, dédié au documentaire africain réalisé par des Africains. Parce que raconter sa propre histoire, c'est aussi un acte politique.
Message pour les générations futures
Moussa Touré a grandi en regardant l'île de Gorée depuis le rivage. Il aurait pu détourner les yeux. Il a choisi de filmer. À toi qui hérites de cette mémoire : tu n'as pas à porter la douleur du passé comme un fardeau. Mais tu as le droit, et peut être le devoir, de la regarder en face. Parce qu'une mémoire qu'on efface finit toujours par revenir. Et une mémoire qu'on assume devient une fondation. Moussa Touré l'a filmée. À toi de la vivre librement. Rehema
Un·e artiste Sénégal à découvrir
Youssou N'Dour
Il est l'une des voix les plus reconnues de la planète. Né à Dakar dans une famille de griots, **Youssou N'Dour** a grandi entre la tradition et la modernité, entre le mbalax, ce rythme sénégalais envoûtant, et les scènes du monde entier. À 12 ans, il chante déjà devant des milliers de personnes. À 22 ans, il fonde le Super Étoile de Dakar et devient la voix du Sénégal. Peter Gabriel, Neneh Cherry, Bruce Springsteen l'invitent sur leurs scènes. Son album **Egypt** (2004) lui vaut le Grammy Award du Meilleur Album de Musique Traditionnelle du Monde. Premier Sénégalais à recevoir cette distinction. Ministre de la Culture de son pays en 2012, il n'a jamais cessé de chanter, de Dakar à Tokyo, de Paris à New York, avec cette voix qui semble venir de très loin, et qui porte très loin.
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