Sous le Baobab du Soudan

01 · Publié le jeudi 28 mai 2026

El-Tigani el-Mahi
El-Tigani el-Mahi en 1965 Wikimedia Commons (domaine public)
01Soudanjeudi 28 mai 2026

Indépendance du Soudan · 1er janvier 1956

El-Tigani el-Mahi

1911 → 1970 · Médecine & Humanité

Pendant longtemps, on a dit que l'Africain n'avait pas les mêmes complexités intérieures. El-Tigani el-Mahi, médecin soudanais, a passé sa vie à démontrer l'absurdité de cette idée en ouvrant à Khartoum la première clinique psychiatrique du continent.

Biographie

Né en avril 1911 à Kawa, un village sur les rives du Nil Blanc, El-Tigani el-Mahi grandit dans un Soudan alors sous domination britannique et égyptienne. Enfant curieux, dévorant les livres, il fait ses études à Rufaa puis à l'École de Médecine Kitchener la seule institution médicale du pays à l'époque.

En 1935, il devient médecin, l'un des très rares Soudanais à porter ce titre. Il exerce à Omdurman, Khartoum, Wadi Halfa, Kosti. Polyglotte arabe, anglais, latin, haoussa, persan il traduit des hiéroglyphes, collectionne 19 000 documents historiques, écrit de la poésie. Sa bibliothèque personnelle est aujourd'hui l'une des plus précieuses du monde arabe, léguée à l'Université de Khartoum.

Le déclic

Pendant ses tournées hospitalières, il voit ce que personne ne nomme : des âmes qui se brisent en silence. À cette époque, la psychiatrie est une science strictement occidentale. On répète que l'Africain n'a pas les mêmes complexités intérieures, donc pas besoin des mêmes soins.

El-Tigani refuse cette idée. En 1949, il part à Londres obtenir son Diplôme de Médecine Psychologique. Puis il rentre décidé à prouver que la santé mentale africaine existe, et qu'elle mérite une réponse digne.

La réalisation

Il ouvre à Khartoum Nord la première clinique psychiatrique du continent africain. Pas un asile. Une clinique. Un lieu d'écoute et de dignité.

Entre 1959 et 1964, il devient conseiller régional de l'OMS pour la santé mentale en Afrique et au Moyen-Orient. Il défend, des décennies avant que l'OMS ne l'adopte officiellement, le principe des soins de santé mentale ancrés dans la communauté dans les familles, les quartiers, les traditions.

Il forme une génération entière de médecins africains et arabes, publie, enseigne. En 1964, après la Révolution d'Octobre, il siège au Conseil Souverain de l'État soudanais.

Message pour les générations futures

« Soignez ce que l'on ne voit pas. Une douleur silencieuse est aussi réelle qu'une fracture. Et notre âme, à nous, mérite la même attention que celle de n'importe qui d'autre sur cette terre. »

Un·e artiste Soudan à découvrir

Mohammed Wardi

Voix légendaire du Soudan (1932 → 2012), né en Nubie, Mohammed Wardi a chanté la liberté, l'amour et la fraternité africaine pendant plus de cinquante ans. Emprisonné, exilé, jamais réduit au silence : ses chansons restent l'hymne d'un peuple qui rêve de paix. À écouter pour le découvrir : **« Al Mursal »** (الـمُرسَل), la chanson qui l'a révélé au grand public dans les années 1960.

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